TECHNIQUES AU FIL DES SAISONS
Février: attention
danger!
Lorsque les beaux jours se succèdent et que la
température incite les abeilles à s’ébrouer, c’est alors que le
danger guette. Les réserves déjà bien entamées depuis octobre peuvent
venir à manquer.
En soulevant sans brutalité la ruche, on peut estimer l’état des
réserves. Cela implique de connaître la masse de cette ruche qui peut
varier énormément. L’idéal serait de positionner les ruches sur des
balances! Si un nourrissage s’impose, j’utilise du sucre en pâte
(sucre candi).
Donner un oeuf pour avoir un boeuf?
un nourrissage s’impose!
Celui-ci se présente sous forme de blocs de 2,5 Kg emballé dans une poche plastique. Il suffit
de faire un trou de 16 Cm2 au milieu d’une face et de retourner ce bloc
que l’on déposera sur le tapis couvre cadres (ou les lattes). On fera
joindre le trou central ouvert du couvre cadres avec celui fait sur le
bloc de sucre candi.
Le nourrissage précoce est très avantageux en montagne. En effet
celui-ci active le démarrage de la ponte par la reine. L’effectif d’ouvrières
butineuses sera donc renforcé 40 à 50 jours plus tard, c’est à dire
au moment ou la possibilité de récolte est à son apogée ( période de
floraison des pissenlits et des arbres fruitiers). La production sera donc
nettement améliorée par cette technique sans que la qualité du produit
soit affectée.
Mais il y a un inconvénient!
En effet si l'effectif des ruches n’est pas étroitement surveillé au
début du mois de Mai, alors l’essaimage peut se produire: 50 % des
abeilles et la «vieille reine» quitte la ruche. Cela fait d’autant
moins d’ailes pour la récolte du nectar et le remplissage des corps
de hausses .
Pour pallier à cette infortune ( sauf si l’on veut produire des
essaims!) , il suffira de mettre en place une hausse sur le corps de la
ruche.
Avril: Nettoyage et
cirage de printemps!
Le fond de chaque ruche est déboîté pour être
raclé. On en profite pour évaluer la force de la ruche.
On peut remplacer les vieux cadres (sombres et lourds) par des
cadres neufs couverts par une plaque de cire gaufrée que l’on trouvera
dans le commerce.
Mai: La fièvre de l’essaimage
L'essaimage est à attendre une dizaine de jours
après un brusque changement de température. Les essaims sortent toujours
entre 11h30 et 14 heures. Il existe une relation entre la pluviomètrie du
mois de février et le nombre d'essaims de l'année.
Je
mets en place des ruches vides (dégageant une forte odeur de propolis) et
des ruchettes (plus faciles à manipuler) dans un rayon de 200 mètres du rucher. Je place ces
habitations dans des endroits ombragés (sous un toit ou un arbuste) en
orientant le trou d’envol vers l’est. On peut enduire la planche d’envol
et l’intérieur de la ruche avec du parfum d’Aristé ou des phéromones
afin d’attirer les éclaireuses . "L'esquif cherche un môle
L'abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité"
Victor Hugo
Comment récupérer les essaims?
Malheureusement, il faut quelques fois récupérer les essaims dans les
arbres ou les bâtisses:
- Dans un arbre:
souvent accroché à une branche, il suffit de sectionner le rameau
quelques centimètres au dessus de l’essaim et de déposer ce rameau
couvert d’abeilles sur une ruche ouverte dont on aura écarté les
cadres centraux. Je laisse les abeilles lourdes (car elles se sont
gorgées de miel avant de quitter la ruche mère). J’active la fin de la
migration avec l’enfumoir afin de refermer la ruche
assez rapidement. Dans la foulée, on peut donner 2 à 3 litres de sirop
afin d’assurer l’installation définitive de l’essaim dans sa
nouvelle demeure.
Aucune crainte à avoir pour effectuer cette opération. Les abeilles sont
à cet instant très douce. Il faut toutefois éviter les gestes brutaux
et les secousses de l’essaim qui provoqueraient la chute et la perte d’une
partie du groupe. De plus on risque de perdre la reine, ce qui serait
fatal à la communauté.
- Dans une bâtisse:
je mets en place une caisse de récolte ou un sac en toile
de jute cerclé le plus
près possible et en dessous de l’essaim. Je décroche l’essaim avec une petite pelle ou un
autre instrument. Il faut procéder à la fois rapidement et doucement. Les abeilles agitées par l’intervention ont vite
fait de vouloir quitter la caisse de réception, avec, encore une fois, le
risque de perdre la souveraine. Le couvercle de la caisse de récolte,
fermant hermétiquement, permettra le transfert sans embûche. J’ouvre
et je renverse lentement la caisse sur le corps d’une ruche vide.
Il est possible que des ouvrières parties en éclaireuses ou en
butineuses (si l’essaim était fixé depuis plusieurs heures) ne
retrouvent pas le groupe qui a été déplacé. Elles sont définitivement
perdues.
Truc et astuce!
Je place une ardoise devant le trou d’envol de la ruche nouvellement
colonisé. Cet obstacle disposé obliquement doit laisser passer les
butineuses tout en obligeant chacune à se réorienter avant de partir à
l’aventure. Si cette précaution n’est pas prise, ces butineuses
rejoindront l’emplacement de récolte de l’essaim. Elles seront
incapables de retrouver leur groupe. Cela peut remettre en cause la survie
de la colonie même si de nouvelles butineuses rentreront en fonction.
Mai et Juin: une
petite maison dans la prairie qui doit être agrandie
En montagne, au début du mois de Mai, il faut
surveiller l’effectif de chaque colonie et l’état de mise en
réserve. Dès que les 4/5 des cadres sont emplis de miel operculé et que
la totalité des cadres sont couverts d’abeilles, je décide d’enlever
le tapis couvre cadre et je place une hausse. Celle-ci est composée de 10
demi cadres. Il est bien de racler le dessus des cadres du corps de ruche
avant de placer la hausse. Cela favorisera le déplacement des abeilles
intendantes.
La ruche fait la «barbe»!
Lorsque la ruche fait la «barbe» (conséquence d’un groupe trop dense
qui souffre de la chaleur et du manque d’espace), je mets en place
rapidement une hausse (qui peut-être surnuméraire). Cela n’est pas
exécuté dans le cas où l’on veut produire des essaims.
Je surveille la mise en réserve dans le corps de la hausse. Lorsque
celui-ci est plein, je place un deuxième corps de hausse. L’idéal
serait de l’intercaler entre le corps de la ruche et la hausse pleine.
Cela permettra d’économiser les efforts des intendantes et la
productivité sera donc améliorée. Mais la masse de la hausse pleine
peut rendre l’opération périlleuse. Il faut alors se résoudre à la
simple superposition du deuxième étage. Il est certain que la production
en sera amputée.
Juin/Juillet: Les
ruches sous haute surveillance!
Je récolte les derniers essaims et dispose les
corps de hausses là où cette opération s’impose.
Août: on récolte les
fruits du labeur
Je décide de récolter fin juillet/début Août
dans les meilleures conditions possibles: beau temps pas trop chaud ni
orageux. Eviter de récolter en période de disette, par exemple juste
après les fenaisons ou pendant une sécheresse
prolongée. Dans ce cas les ouvrières inoccupées seront plus agressives.
Les jours de pleine lune sont paraît-il à éviter.
Il est aussi possible de procéder à deux récoltes: mi Juin et mi Août.
Dans ce cas on diminue les conséquences d’un mois de Juillet pluvieux
(situation de moins en moins rare!) entraînant une baisse du rendement.
En effet la colonie entamera ses réserves de miel dans de telles
circonstances.
" A coeur vaillant, rien d'impossible"
La récolte est une opération longue et pénible si elle est abondante.
Pour récupérer les cadres de hausses, on commencera par les ruches
réputées douces pour ne pas mettre la pagaille dans le rucher .
Il faut préparer l’ensemble du matériel avant toute intervention pour
que le travail s’effectue rapidement et dans le calme. Il faut: un lève
cadres, un couteau, une caisse de récolte au moins, une brouette pour le
transport des caisse vers un lieu sombre et fermé, un enfumoir et bien
sur une vareuse
pour se protéger.
On fait fumer du tabac aux abeilles!
On commence par enfumer la ruche par le trou d’envol. Dans l'enfumoir,
on peut brûler du carton enroulé et du tabac. Celui-ci augmentera
l'effet sédatif de la fumée. On enfume le
corps de hausse et on referme pendant une minute afin que les abeilles se
gorgent de miel (réflexe de survie) et deviennent ainsi plus lourdes donc
moins agressives. On découvre la hausse au fur et à mesure de l’extraction
des demi cadres. Après avoir soulevé le demi-cadre, on débarrasse
celui-ci des abeilles qu’il porte à l’aide d’une brosse à poils
longs et doux ou l’on frappe brutalement le sommet de la hausse (très
efficace mais pouvant agiter le groupe). Le demi-cadre garni de miel est
disposé rapidement dans la caisse de récolte que l’on referme
aussitôt. On n’hésite pas à renouveler l’enfumage dès que le
groupe s’agite et émet un bruit caractéristique d’une attaque
éminente.
Si l'agressivité du groupe est trop importante, il ne faut pas hésiter
à remettre la récolte.
A la fin de l’extraction, on enlève le corps de hausse vide. Celui-ci
recevra de nouveau les demi-cadres dans le local de stockage. Le temps
nécessaire au transport et au vidage de la caisse de récolte permettra
un retour au calme dans le cas où le rucher est agité. On procédera
ensuite de la même manière pour les autres ruches. Une purge avant l'extraction!
Abandonner les hausses pendant une heure ou deux (par exemple pendant le
repas de midi) afin que les quelques abeilles récupérées lors de la
récolte cherchent à s’échapper. On ouvrira furtivement la porte du
local pour faciliter cette purge.
"Il faut battre le fer pendant qu'il
est chaud"
On procède ensuite à la désoperculation avec un couteau adapté à
cette fonction. Un couteau dentelé utilisé comme une scie fera très
bien l’affaire. S’il fait chaud et que l’on n’a pas trop attendu
avant cette opération, il n’est pas nécessaire de tremper le couteau
dans de l’eau chaude. Une griffe permettra de finir le travail dans les
coins et les dépressions. Si le demi-cadre est fourni, on procédera à
une première centrifugation avant la désoperculation de
la deuxième face. Cela évitera la destruction des alvéoles par la force
centrifuge.
Pour l'extraction: mets de l'huile...de
coude!
L’extracteur doit-être disposé sur une
surface plane et bétonnée. L’idéal est de visser les pieds au
sol pour limiter les vibrations pouvant endommager le matériel. On
répartira au mieux les cadres dans l’appareil pour équilibrer la
charge. Avant de retourner les cadres, on effectuera une rotation dans l’autre
sens pour améliorer l’extraction. L’inclinaison des alvéoles
justifie cette opération. Dans le cas ou les hausses sont garnies de
miellat cristallisé, il est inutile d’insister. L’extraction sera
impossible.
Et après l'extraction?
Les demi-cadres vides sont replacé dans le corps de hausse. Je dispose
ceux-ci à l’air libre, à proximité du rucher pendant quelques jours
afin que les abeilles lèchent le miel résiduel et que la cire sèche.
Cette opération évite les problèmes de moisissures hivernales. Elle
présente toutefois des inconvénients: risques de contaminations
croisées et excitation des abeilles. Si le temps est lourd et les fleurs
rares alors on peut provoquer un pillage généralisé. On peut stocker
directement ces hausses dans de vieux congélateurs fermés contenant
quelques boules antimites. On évite ainsi les attaques de papillons dont
les larves se nourrissent de cire. Il faut savoir que ce produit
contaminant la cire (le dichlorobenzène) est cancérigène lorsqu’il
est ingéré.
Pendant l’hiver, je préfère stocker les hausses dans un local bien
ventilé.
Le miel extrait sera abandonné pendant plusieurs jours dans un maturateur .
"Tout vient à point à qui sait
attendre!"
Ceci permettra l’évaporation d’un éventuel excès d’eau qui
nuirait à la conservation. De plus les particules de cire vont remonter
à la surface à cause de la différence de densité .
Le miel peut ensuite être mis en pot. Ceux-ci doivent-être d’une
propreté irréprochable et ne pas être odorant. Les pots sont ensuite
fermés avec soin et stockés dans un local frais et bien ventilé. Cela
permettra de préserver les qualités nutritionnelles du produit
(vitamines) et évitera la contamination par des molécules volatiles
odorantes et/ou toxiques. Je préfère utiliser des pots en verre sachant
que c’est un produit recyclable et qu’il ne présente aucun risque
toxique contrairement au plastique. Il ne faut jamais oublier que le miel
se mange!
Pour nettoyer le matériel de récolte, on utilisera de l’eau
chaude.
Fin Août/début
septembre: aux petits soins!
Je nourris les abeilles avec du sirop (mélange
d’eau et de sucre que l’on chauffe pour faciliter la dissolution). On
mettra 6 litres d’eau pour 10 Kg de sucre. On peut rajouter un peu de
sel!? La quantité à apporter dépendra de la force de la colonie et de l’état
des réserves dans le corps de la ruche. Elle peut varier de 2 litres à 6
litres. Attention aux races allemandes dont les colonies sont souvent
très fortes qui ont des besoins supérieurs. Eviter le nourrissage tardif
qui stoppera la ponte précocement. La densité de population sera alors
insuffisante pour affronter les rigueurs de l’hiver. De plus, si la
ruche ne meurt pas pendant l’hiver, son démarrage printanier sera plus
laborieux.
C'est l'ouverture de la chasse contre le
varroa!
En même temps il faut installer des bandes de traitement contre le varroa
(acarien parasite des abeilles). Le traitement dure 8 semaines et il
faut le répéter au printemps. Mais son efficacité est discutée. Il
serait même à l’origine de la mort prématurée de la reine. De plus la
matière «active» peut contaminer le miel récolté en particulier si l’on
procède à un traitement printanier. Les effets de ce produit sur la
santé humaine ne sont évidemment pas connus. Je préfère donc me
limiter à un seul traitement automnal!
"La fin justifie les moyens?"
Dans certains cas, on traite avec des produits destinés aux bovins dont
la concentration en matière active (identique) est beaucoup plus
élevée. Cela coûte moins cher mais encore une fois on aurait oublié
que le miel se mange! L’agriculture biologique propose des produits à
base d’essences de thymol . Ceux-ci sont déjà utilisés
en Italie et sont à l’essai en France.
Octobre: On ferme!
Pour les
ruches qui me semblent faibles, je place un bloc de sucre candi sur la
grappe (voir nourrissage de printemps). Cette opération doit se faire
sans déranger la colonie et par temps doux. Elle peut être répétée
pendant l'hiver en période de redoux. Je dispose plusieurs couches de
papier journal sur le corps de la ruche et je limite l’ouverture du trou
d’envol. Les courants d’air et l’entrée de rongeurs sont prévenus.
L’obturation des trous grillagés destinés à la ventilation est
discutée car les abeilles craignent plus l’humidité que le froid. J’incline
légèrement vers l’avant les ruches en les calant. Cela permettra d’évacuer
l’humidité produite par condensation.
"La fortune vient en
dormant?"
Je place une ardoise inclinée
devant le trou d’envol afin d’éviter le réveil de la colonie au
moindre rayon de soleil.
L’ensemble du rucher est recouvert
de tôles afin d’augmenter la protection contre les intempéries et en
particulier la neige.
Pendant l’hiver, il ne faut en
aucun cas intervenir dans le rucher. Le réveil de la colonie lui serait
fatal à cause de la dépense énergétique générée. On occupera l’hiver
en s’informant, entretenant le matériel, fabriquant des ruches...
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